Opinion: Des limites de vitesse plus sûres – pourquoi la France prend la bonne route

Opinion: Des limites de vitesse plus sûres – pourquoi la France prend la bonne route

Antonio Avenoso, Directeur exécutif, ETSC

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L’article 4 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 stipule: “La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui  …” Ces mots historiques semblaient appropriés hier, le gouvernement français ayant annoncé un certain nombre de mesures visant à améliorer la sécurité routière, notamment une réduction de la limite de vitesse de 90 à 80km/h sur les routes secondaires à double sens, dont les deux voies ne sont pas séparées par une barrière.  L’annonce a déclenché des réactions violentes malheureusement maintenant prévisibles sur les réseaux sociaux et de groupes représentant certains conducteurs. Mais si la France veut s’attaquer sérieusement aux 3500 morts sur ses routes chaque année, s’attaquer à la vitesse doit être une priorité absolue.

Conduire un véhicule à une vitesse inappropriée est considéré par certains comme un signe de liberté. Mais les décès causés par la vitesse sont le déni ultime de la liberté des autres. La plupart des conducteurs en excès de vitesse ne sont jamais confrontés aux familles des victimes. Quand ils le sont, leurs réactions sont émouvantes, comme l’a montré cette récente campagne belge de sécurité routière.

Conduire à une vitesse inappropriée tue et blesse des milliers de personnes en France chaque année. Le nombre de morts sur les routes françaises a augmenté au cours des trois dernières années. Les routes du pays sont beaucoup plus meurtrières (54 décès par million d’habitants) que celles de l’Espagne (39), de l’Allemagne (39) et du Royaume-Uni (29). Il y a dix ans, les routes françaises étaient plus sûres qu’en Espagne. Plus maintenant. Bien sûr, la vitesse n’est pas le seul problème, et c’est pourquoi le gouvernement a également annoncé de nouvelles mesures pour lutter contre la consommation d’alcool et le téléphone portable au volant hier. Mais l’importance de la vitesse est absolument essentielle à la sécurité routière.

Certains des pays ayant les meilleurs résultats en matière de sécurité routière en Europe ont des limites de vitesse plus basses sur les routes rurales. Y compris la Suède à 70km/h avec 27 décès par million d’habitants. La Norvège (26), la Suisse (26), le Danemark (37) et les Pays-Bas (37) ont tous fixé la limite à 80 km/h.

Il y a un consensus scientifique: la probabilité de collision et la gravité des blessures augmentent de façon exponentielle à mesure que la vitesse augmente. L’analyse scientifique des changements des vitesses maximales autorisées a montré à maintes reprises que, lorsque la vitesse diminue, les décès et les blessés graves diminuent également. Lorsque la vitesse augmente, l’inverse est vrai. Les recherches en cours menées par un groupe international d’experts pour l’OCDE ont porté sur les changements des limitations de vitesse et / ou l’introduction des radars en Hongrie, en Suède, en France et en Italie. Les conclusions étaient cohérentes: lorsque la vitesse diminue, les décès et les blessures diminuent aussi.

Le changement proposé par le gouvernement français est le bon. Les décès sur les routes secondaires dépourvues de barrière centrale représentent plus de la moitié des décès en France. S’attaquer à la vitesse inappropriée sur ces routes est une mesure intelligente. La région voisine de Flandre en Belgique a récemment réduit les limitations de 90 à 70km/h sur des routes équivalentes et une majorité de la population soutient la mesure.

Politiquement, le problème pour le gouvernement français est facile à expliquer mais difficile à résoudre. Sur un niveau individuel, la vitesse ne semble pas risquée car les risques de collision sont encore relativement faibles. Mais au niveau sociétal, les bénéfices de la réduction des décès sont très substantiels, tant sur le plan humain que sur le plan économique: un seul décès sur la route affecte la vie de nombreuses personnes.

Le gouvernement a fait preuve de pédagogie, soulignant que l’impact individuel du changement de 90 à 80km/h est marginal. Les conducteurs ne perdront que 2 minutes pour se rendre à leur destination sur un trajet typique de 25km en conduisant à 80km/h plutôt qu’à 90. La réduction de la vitesse permettra même à un conducteur typique d’économiser 120 EUR par an. Les émissions polluantes diminuent également de 30% selon les estimations officielles.

Reste à voir si le gouvernement réussit à faire passer ces messages. Les réseaux sociaux, qui en France ont vu hier une explosion de colère contre cette nouvelle mesure, amplifient les sentiments individuels, répandent des informations fausses ou trompeuses et, dans le climat politique actuel, peuvent conduire à un renversement de la politique. Ce serait une erreur avec un coût compté en terme de vies, pas de «like».

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